
L’art du Kintsugi, ou Kintsukuroi, cet art ancestral qui souligne d’or les failles d’un objet brisé, reste à la fois fascinant et plein de secrets… Derrière ces éclats d’or qui subliment la céramique, se cachent des gestes ancestraux, des traditions presque mythiques, et parfois des anecdotes vraiment étonnantes.
Voici 10 « fun facts » étonnants sur le Kintsugi. Par exemple, saviez-vous que…
1. Les maîtres Kintsugi travaillent en mer !
Traditionnellement, l’art du Kintsugi s’accomplit dans un environnement vierge de toute poussière… Aussi certains Maîtres Kintsugi partaient en mer et se rasaient la tête pour travailler dans les meilleures conditions !
2. La laque (urushi) peut etre terriblement dangereuse!
De son petit nom latin assez évocateur « Toxicodendron vernicifluum« , elle est si toxique et potentiellement allergène que le conseil donné pour s’en protéger sur certains manuels de Kintsugi est de… prier ! Si par malheur votre peau entre en contact avec l’urushi, des démangeaisons terribles vous attendent pendant au moins deux semaines… Les maîtres japonais disent « félicitation » à leurs apprentis qui subissent ce véritable baptême du feu pour la première fois : ils deviennent officiellement des artisans Kintsugi ce jour là !
3. Le Kintsugi est un processus quasi alchimique !
Kintsugi et alchimie vibrent des mêmes symboles : transmutation des épreuves (« plomb ») en or, oeuvre au noir et au rouge (couches de laque noires et rouges successives), travail sur les 4 éléments, transformation de la matière première (materia prima), mortifiée (broyée et pulvérisée), union des opposés, sublimation…
4. Un Kintsugi peut parfois prendre 1 an de travail !
Le Kintsugi est vraiment l’art de la patience… Entre les différentes couches, et les temps de séchage, la réalisation d’un Kintsugi peut parfois prendre plusieurs mois. On dit même que les plus beaux Kintsugi nécessitent un an de travail !
5. Le Kintsugi est si résistant que certains le font tomber exprès !
La Laque urushi continue à se consolider pendant les semaines et les mois suivant la réparation. On dit que l’objet est plus résistant après sa réparation qu’avant, et la légende rapporte que certains vont même jusqu’à le jeter sur le sol une deuxième fois pour tester la réparation ! Il paraît que si un Kintsugi se brise à nouveau, ce ne sera jamais le long des failles déjà réparées, qui sont plus solides que la céramique elle-même.
6. Certains amoureux du Kintsugi brisent de la vaisselle intacte !
On dit que l’art du Kintsugi est si beau que certains esthètes cassent volontairement leurs objets précieux pour les « kintsuguer » !
7. Le Kintsugi peut se pratiquer avec tous les métaux !
Le plus souvent, c’est l’or qui est utilisé… Mais l’art du Kintsugi peut se pratiquer avec tous les métaux, pour peu qu’ils soient réduits en poudre : argent, cuivre, bronze, laiton, étain, fer, platine…
8. Certains Maîtres Kintsugi utilisent des dents pour polir l’or !
La dernière étape consiste à polir l’or. Comme au Moyen-Age, où l’on utilisait des dents de sanglier ou de loup pour brunir (polir) l’or, chaque Maître Kintsugi choisit son outil : polissoir en agate, dents de poissons, ivoire…
9. Le Kintsugi est né à la suite d’un gros coup de colère !
La légende raconte que le Shogun Ashikaga Yoshimasa, au 15ème siècle, avait cassé son bol de thé préféré. Il l’avait renvoyé en Chine pour le faire réparer, mais il était revenu muni de vilaines agrafes qui le défiguraient. Furieux, il avait sommé ses artisans de trouver une meilleure solution… L’art du Kintsugi (Kintsukuroi) était né !
10. Le Kintsugi est « vivant » !
La Laque (urushi) utilisée pour la réparation Kintsugi est issue de la résine de l’arbre laquier. Cette sève est « vivante », et c’est paradoxalement en « respirant » qu’elle durcit progressivement, se renforçant au fil des mois…
Pour approfondir
Retrouvez bien d’autres informations étonnantes sur l’art du Kintsugi et la culture japonaise dans l’ouvrage « Kintsugi, l’art de la résilience ». Editions First, Céline Santini, 2018.

Une philosophie de vie
Derrière chaque fissure dorée, il y a donc une histoire, une patience, un savoir-faire transmis depuis des siècles, et tout un parcours de vie symbolisé par le dessin de ces veines d’or. Ces anecdotes nous rappellent que réparer peut être un acte de beauté, de courage, et même de célébration : dans un monde où l’on a tendance à tout jeter trop vite, le Kintsugi nous murmure qu’il peut exister une autre voie : celle qui honore, préserve, transforme ce qui a été brisé.
Pourquoi ne pas vous laisser inspirer par cette vision un peu décalée et contempler votre parcours avec plus de bienveillance ?

























