
À une époque où tout s’accélère, de constante quête de perfection, à l’ére du jetable, il peut sembler paradoxal qu’un art japonais du XVe siècle refasse surface avec une telle force. Et pourtant, le Kintsugi n’a jamais été aussi tendance. Cet art qui propose de réparer les céramiques brisées avec de la laque et de la poudre d’or fait bien plus que restaurer des objets : il parle à un monde en quête de sens, de résilience et de lenteur.
La résilience à l’échelle mondiale
D’ailleurs, de façon troublante, en 2018, trois livres consacrés au Kintsugi et à sa profondeur symbolique (dont le nôtre, Kintsugi, l’art de la résilience) ont été publiés simultanément aux quatre coins du monde. Comme un murmure de l’inconscient collectif, une préparation subtile à la fracture émotionnelle qui allait bouleverser la planète lors du confinement de 2020. Depuis, le Kintsugi a pris une résonance nouvelle ; comme s’il nous attendait…
L’art de la lenteur dans un monde pressé
Le Kintsugi traditionnel ne se précipite pas : il sait prendre le temps, étape après étape. Chaque couche de laque doit sécher avant d’accueillir la suivante, chaque fracture est honorée, jamais niée ni effacée. Dans un univers obsédé par la vitesse et le résultat immédiat, cette lenteur devient presque une forme de résistance : une méditation, un retour à l’essentiel.
Il nous rappelle que la guérison, la vraie, n’est jamais instantanée. Elle demande de l’espace, du souffle, de la présence. Le Kintsugi n’est donc pas seulement un art : il incarne un contre-modèle, qui valorise la pause plutôt que la productivité, la présence plutôt que la perfection.

Une pratique de pleine conscience
Le Kintsugi est plus qu’une technique. C’est un « Dō », une voie. Comme le Chado (la voie du thé), le Shodō (la voie du pinceau)… ou même le Judo (la voie de la souplesse), il cultive la patience, l’attention et l’humilité. Chaque étape devient alors un rituel, un chemin vers soi. Pratiquer le Kintsugi, en silence ou lors d’ateliers guidés, ouvre souvent un sentiment d’alignement profond. L’or n’est qu’une métaphore : la vraie transformation se joue à l’intérieur.
Une acceptation de l’imperfection
Le Kintsugi ose l’affirmer : vous n’avez pas besoin de cacher vos cicatrices. Au contraire, ce qui a tenté de vous briser peut devenir la source même de votre force. C’est un acte radical d’amour de soi. Dans une société obsédée par l’image parfaite, cette idée en devient presque révolutionnaire ! Accueillir ses fissures, c’est reprendre possession de son histoire ; dire : « cela aussi fait partie de moi, et je suis fier.e de mon parcours. »
Une réponse écologique
En résonance avec la philosophie du Wabi Sabi, qui porte un autre regard sur ce qui est patiné par le temps et authentique, le Kintsugi parle aussi bien sûr de durabilité. Plutôt que de jeter, il invite à réparer, à réutiliser, à revaloriser. Dans un monde saturé de déchets, ce changement de regard n’est pas seulement symbolique : il est vital.

Retrouver du sens
Mais au-delà de l’écologie, le Kintsugi touche à une vérité intime : nous sommes tous, d’une manière ou d’une autre, brisés. Et plutôt que de cacher ces fractures, nous pouvons choisir de les honorer, de les révéler avec de l’or. Pour faire quelque chose de plus fort, plus sage, plus beau, d’avoir été brisé.
Et vous, êtes-vous prêt·e à emprunter cette voie dorée ?
Le Kintsugi n’est pas qu’un art : c’est un voyage, une thérapie symbolique. Une manière de transformer vos blessures en éclats de lumière.
























